Vallées du Sud
Des palmeraies du Drâa aux gorges du Todra, un chapelet d'oasis et de kasbahs en terre crue à parcourir en 4 à 7 jours depuis Ouarzazate.
Au sud du col du Tichka (2260 m), le paysage change en une heure de route. Les versants verts de l'Atlas cèdent la place à des plateaux ocre, des oueds bordés de palmiers et des villages construits en pisé. Cette transition géographique définit ce que nous appelons les Vallées du Sud : un chapelet d'oasis et de gorges qui s'étire d'Ouarzazate à Erfoud, sur près de 500 km de pistes goudronnées et de routes secondaires. Notre équipe basée à Marrakech organise ces circuits depuis quinze ans, et nous restons attachés à un découpage par vallées plutôt qu'en étoile autour d'une seule ville.
Ouarzazate sert de pivot logistique. La ville abrite les studios Atlas, où ont été tournés des décors pour Gladiator, Game of Thrones ou Lawrence d'Arabie, et son aéroport reçoit des vols depuis Casablanca. À 30 km à l'ouest, le ksar d'Aït Ben Haddou, classé à l'UNESCO en 1987, regroupe encore quelques familles dans ses tours de terre crue. Nous conseillons une visite avant 9h ou en fin d'après-midi : les cars arrivés de Marrakech occupent le site entre 11h et 15h. À l'est d'Ouarzazate, la palmeraie de Skoura concentre une centaine de kasbahs dont Amerhidil, encore habitée par la famille fondatrice.
La vallée du Dadès remonte plein nord depuis Boumalne-Dadès. La route épouse l'oued sur 60 km jusqu'aux gorges, où les falaises se resserrent à quelques mètres de large au niveau du village d'Aït Ouffi. Les éleveurs Aït Atta y font encore transhumer leurs troupeaux vers les estives du M'Goun en mai et juin. Plus à l'est, les gorges du Todra forment une faille de 300 mètres de hauteur dans le calcaire, large par endroits de seulement dix mètres au sol. Tinghir, au débouché des gorges, conserve une importante mellah, témoignage de la présence juive dans le Sud marocain jusqu'aux années 1960.
Entre ces deux vallées, la route des Mille Kasbahs traverse Kelaât M'Gouna et la vallée des Roses. La rose de Damas y a été introduite au XVIIIe siècle et fournit aujourd'hui l'essentiel de la production marocaine d'eau de rose et d'absolue. La floraison débute fin avril et culmine la première semaine de mai, moment du festival qui réunit les coopératives de la région. Plus au sud, la vallée du Drâa déroule sa palmeraie sur 200 km entre Agdz et Mhamid, dernier village avant les dunes de l'Erg Chigaga. Les ksour fortifiés de Tamnougalt et Tinzouline rappellent que cette route était jusqu'au XIXe siècle l'axe caravanier majeur vers Tombouctou.
La cuisine locale s'appuie sur ce que produisent les oasis : dattes Mejhoul de Tinghir, amandes de Tafilalt, henné de Tazarine. Le tajine de kefta aux œufs, la harira aux dattes ou la médfouna (pizza berbère fourrée à la viande hachée et aux épices) figurent au menu des maisons d'hôtes que nous sélectionnons. Plusieurs sont installées dans d'anciennes kasbahs restaurées en pisé, avec des chambres voûtées qui conservent la fraîcheur en été.
Les écarts thermiques restent la principale donnée à anticiper. En avril, nous mesurons régulièrement 28 à 32°C en journée sur le plateau de Skoura, et 6 à 9°C la nuit en altitude dans la vallée du Dadès supérieur. En janvier, le gel n'est pas rare au-dessus de 1500 m. Cette amplitude conditionne autant les bagages que le rythme des étapes.
À découvrir
Aït Ben Haddou au lever du jour. Le ksar de terre crue se traverse en une heure et demie depuis le village de Tisgui jusqu'au grenier collectif sur la crête. La lumière oblique de 7h fait ressortir les motifs géométriques des façades, et le site est encore vide.
Gorges du Todra à pied. Une marche de 3 heures depuis l'auberge Yasmina remonte l'oued entre les parois de 300 mètres, puis bifurque vers les hameaux de Tizgui où les femmes lavent encore le linge dans les canaux d'irrigation.
Festival des roses à Kelaât M'Gouna. Première semaine de mai, le festival rassemble distillateurs, danseurs Ahidous et coopératives féminines. Nous logeons à 15 km du bourg pour éviter la saturation hôtelière de ces trois jours.
Palmeraie de Skoura en vélo. Un parcours de 18 km entre kasbahs Amerhidil, Aït Ben Moro et Dar Aïcha, sur des pistes ombragées par 30 000 palmiers dattiers. Accessible aux familles, dénivelé négligeable.
Vallée du Drâa jusqu'à Mhamid. 200 km de palmeraie continue depuis Agdz, ponctuée des ksour de Tamnougalt et Tinzouline. À Mhamid, la piste cède la place aux dunes de l'Erg Chigaga.
Quand y aller
Les deux fenêtres les plus confortables sont octobre-novembre et mars-avril. Les températures diurnes oscillent alors entre 20 et 26°C à Ouarzazate, avec des nuits autour de 8 à 12°C. La floraison des roses début mai justifie un déplacement spécifique vers Kelaât M'Gouna, mais les nuits restent fraîches en altitude (5 à 9°C dans le haut Dadès).
Nous déconseillons juillet et août : les températures atteignent 42 à 45°C dans la vallée du Drâa et rendent les marches en gorges éprouvantes avant 17h. Décembre à février restent praticables en journée (18 à 22°C à Ouarzazate), mais les nuits descendent sous zéro au-dessus de 1500 m, et certaines maisons d'hôtes en pisé n'offrent qu'un chauffage limité. Les épisodes de pluie sont brefs mais peuvent couper les pistes secondaires, notamment vers le M'Goun, pendant 24 à 48 heures.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 4 jours pour relier Marrakech à Merzouga ou à Mhamid via les principales vallées, et plutôt 6 à 7 jours pour intégrer une nuit dans la palmeraie de Skoura, une journée de marche au Todra et le festival des roses ou une étape à Aït Ben Haddou hors flux. L'entrée se fait habituellement par la route du Tichka depuis Marrakech (4 à 5 heures jusqu'à Ouarzazate selon le trafic des camions) ou par vol direct sur l'aéroport d'Ouarzazate.
La région se combine naturellement avec le Sahara à l'est (dunes de Merzouga ou Chigaga, 1 à 2 nuits en bivouac) et avec le Haut Atlas au nord pour les randonneurs souhaitant boucler par les vallées du M'Goun ou de l'Ourika. Une boucle complète Villes impériales, Vallées du Sud et Sahara demande 12 à 14 jours. Le confort va de la maison d'hôtes simple en pisé (chambre double à 60 euros) à la kasbah restaurée avec piscine et spa. Le profil de voyageur qui s'y plaît : contemplatif aimant les paysages minéraux, photographe, famille avec enfants à partir de 7 ans capable de supporter les étapes en voiture de 3 à 4 heures.







