Villes impériales
Fès, Meknès, Marrakech et Rabat : quatre capitales successives, huit siècles de dynasties et une boucle de 8 à 10 jours en train et voiture, à parcourir au printemps ou en automne.
Les quatre villes impériales du Maroc, Fès, Meknès, Marrakech et Rabat, racontent à elles seules huit siècles de pouvoir dynastique. Chacune fut tour à tour capitale sous les Idrissides, Almoravides, Almohades, Mérinides, Saadiens ou Alaouites, et chacune en garde des traces architecturales encore vivantes. Notre équipe à Rabat travaille ces quatre destinations comme une boucle cohérente, accessible en train pour trois d'entre elles via la ligne Al Boraq et les liaisons ONCF, et reliées à Marrakech par 3h30 d'autoroute depuis Casablanca.
Fès reste la plus dense culturellement. Sa médina, Fès el-Bali, fondée en 789 par Idris II, compte près de 9 400 ruelles et impasses sur 270 hectares. C'est l'une des rares grandes médinas au monde encore interdite aux véhicules : tout circule à dos d'âne ou à pied. La medersa Bou Inania, achevée en 1356 sous les Mérinides, et les tanneries de Chouara, en activité depuis le XIe siècle, ancrent la ville dans une continuité de métiers : dinandiers du Place Seffarine, tisserands de Aïn Azliten, potiers du quartier Aïn Nokbi.
Meknès, à 60 km à l'ouest de Fès et souvent expédiée en demi-journée, mérite une nuit sur place. Moulay Ismaïl en fit sa capitale entre 1672 et 1727 et y bâtit une enceinte de 40 km, les greniers de Heri es-Souani, et la porte Bab el-Mansour, achevée en 1732. La ville sert aussi de base pour rejoindre Volubilis, site romain à 33 km au nord, et Moulay Idriss Zerhoun, lieu de pèlerinage perché sur deux collines.
Marrakech, fondée en 1070 par les Almoravides au pied du Haut Atlas, fonctionne sur un autre registre : ocre des remparts en pisé, palmeraie de 13 000 hectares au nord, et la place Jemaa el-Fna qui change de visage entre 11h (jus d'orange et charmeurs de serpents) et 21h (cuisines ambulantes de tangia et de tête de mouton, conteurs en darija). Les souks au nord de la place, le palais Bahia (1894), la medersa Ben Youssef récemment rénovée et les tombeaux saadiens couvrent deux jours de visite à pied. Les jardins Majorelle et le musée Yves Saint Laurent, dans le quartier de Guéliz, demandent une demi-journée supplémentaire avec billets réservés à l'avance.
Rabat, capitale administrative depuis 1912, est la plus tempérée du quatuor grâce à sa façade atlantique. La kasbah des Oudayas, dominant l'embouchure du Bouregreg, la tour Hassan inachevée de 1199, le mausolée Mohammed V et la médina, plus modeste mais habitée, en font une étape de 24 à 36 heures. C'est aussi le point d'entrée logique pour les voyageurs arrivant à l'aéroport Rabat-Salé ou en train direct depuis Casablanca-Mohammed V (1h10).
Côté table, chaque ville a ses signatures : pastilla au pigeon et harira à Fès, méchoui et couscous tfaya à Meknès, tangia (jarre cuite dans les cendres des hammams) à Marrakech, poissons grillés au port de Salé pour Rabat. Les fêtes religieuses, notamment le Moussem de Moulay Idriss en août et le Festival des musiques sacrées du monde de Fès en juin, structurent un calendrier que nous prenons en compte au moment de caler les dates.
À découvrir
Fès el-Bali avec guide local. Deux journées pleines à pied dans la plus vaste médina médiévale habitée du monde, des tanneries de Chouara à la medersa Bou Inania, accompagné d'un guide qui connaît les ateliers encore en activité.
Jemaa el-Fna à la nuit tombée. Vers 19h, la place de Marrakech se transforme en cuisine collective de plein air. On s'installe à un banc, on commande une tangia ou une soupe d'escargots, et on regarde les cercles se former autour des conteurs.
Volubilis et Moulay Idriss Zerhoun. Depuis Meknès, une demi-journée pour visiter les mosaïques romaines de Volubilis (Ier-IIIe siècles) puis monter dans le village blanc de Moulay Idriss, fermé aux non-musulmans pour son sanctuaire mais ouvert pour le panorama depuis la terrasse.
Kasbah des Oudayas à Rabat. Forteresse almohade aux murs bleus et blancs au-dessus de l'Atlantique, traversée en 45 minutes, café maure et vue sur Salé en face.
Medersa Ben Youssef restaurée. Rouverte en 2022 après quatre ans de travaux, cette école coranique saadienne du XVIe siècle est l'espace de zellige et de cèdre sculpté le mieux conservé de Marrakech, à visiter tôt le matin pour éviter les groupes.
Quand y aller
Nous recommandons mars-avril et octobre-novembre pour la boucle complète. À Marrakech, les températures tournent autour de 24-27°C en journée à ces périodes, contre 38 à 42°C en juillet-août, où les visites à pied deviennent éprouvantes après 11h. Fès, plus continentale, descend à 5-8°C la nuit en décembre-janvier et reçoit l'essentiel de ses pluies entre novembre et mars (environ 500 mm/an).
Rabat, atlantique, reste tempérée toute l'année : 18°C en janvier, 26°C en août, avec des brises de mer qui en font un bon refuge l'été. Si vous voyagez en juillet-août, nous reconfigurons l'itinéraire pour démarrer par Rabat et Fès (plus respirables le matin) et écourter Marrakech, ou la remplacer par les vallées du Haut Atlas voisin où il fait 10°C de moins en altitude.
Conseils pratiques
Comptez 8 à 10 jours pour faire honneur aux quatre villes sans courir : 2 nuits à Rabat, 2 à Fès, 1 à Meknès (ou Meknès en excursion depuis Fès), et 3 à Marrakech. Les trajets entre Rabat, Meknès et Fès se font en train confortable (Rabat-Fès en 3h, Meknès au milieu). Marrakech est reliée par train depuis Casablanca en 2h40, ou par vol intérieur depuis Fès. L'entrée se fait indifféremment par Casablanca-Mohammed V, Rabat-Salé ou Marrakech-Menara selon les vols disponibles depuis l'Europe.
La boucle se combine naturellement avec le Haut Atlas au sud de Marrakech (vallée de l'Ourika, Imlil, ascension du Toubkal), ou avec les Vallées du Sud et le Sahara si vous prolongez de 5 à 7 jours via Aït Ben Haddou, Ouarzazate et Merzouga. Pour qui dispose de plus de temps, Chefchaouen et le Rif au nord, ou Essaouira sur la Côte atlantique, complètent bien le contraste. Cette boucle convient aux voyageurs curieux d'architecture, d'artisanat et de gastronomie, plutôt qu'aux familles avec très jeunes enfants : les médinas demandent de la marche, de la patience et une certaine tolérance à la densité humaine. Nous logeons nos clients en riads de caractère dans les médinas (8 à 12 chambres, patios, terrasses) ou en hôtels de centre-ville à Rabat selon les préférences.



