Sahara
Deux ergs majeurs, Chebbi et Chigaga, séparés par 400 km de regs, oasis et kasbahs : le Sahara marocain se mérite par la route et récompense par son silence.
Le Sahara marocain occupe la partie sud-est et sud du pays, au-delà de l'Anti-Atlas et de la vallée du Drâa. Deux ergs concentrent l'essentiel des visites : l'Erg Chebbi près de Merzouga, à 560 km de Fès par la route de Midelt et Errachidia, et l'Erg Chigaga au sud-ouest, accessible depuis Mhamid après 60 km de piste en 4x4. Entre les deux s'étend un Sahara plus minéral, fait de regs (plaines caillouteuses), de hamadas (plateaux rocheux) et d'oasis linéaires comme celles de Skoura, Tinghir ou Zagora.
L'Erg Chebbi forme un cordon de dunes de 28 km de long sur 5 à 7 km de large, avec des crêtes culminant à 150 m au-dessus du reg environnant. L'Erg Chigaga, plus étendu mais aux dunes plus basses (60 à 80 m), reste éloigné des routes goudronnées et conserve un caractère plus brut. Entre les deux, la sebkha de Tisfoukin et le lac saisonnier d'Iriqui (à sec la majeure partie de l'année) marquent une bande de transition où passent encore quelques familles nomades en hiver.
La population du Sahara marocain est principalement amazighe (berbère) au nord, avec une forte présence saharaouie et arabophone plus au sud, ainsi que des communautés haratines descendantes des anciennes caravanes transsahariennes. Merzouga, Khamlia et Tagounite gardent une mémoire vivante des Gnawa, ces musiciens d'origine subsaharienne dont les soirées au son du guembri se tiennent encore régulièrement à Khamlia, à 7 km au sud de Merzouga. L'économie locale repose sur les palmeraies (dattes Mejhoul de Tafilalet, récoltées en octobre), l'élevage extensif de dromadaires et de chèvres, et depuis trois décennies le tourisme.
Les paysages ne se résument pas aux dunes. La route entre Ouarzazate et Merzouga traverse la vallée du Dadès et ses kasbahs de pisé, les gorges du Todra (canyon calcaire de 300 m de haut, large de 10 m par endroits), puis le plateau du Rekkam avant de basculer vers le Tafilalet. Au sud, la vallée du Drâa déroule 200 km de palmeraies entre Agdz et Mhamid, ponctuées de villages fortifiés comme Tamnougalt et Tinzouline.
La cuisine du désert est sobre : tajine de chamelle dans certains villages, méchoui pour les occasions, madfouna (la "pizza berbère" du Tafilalet, fourrée à la viande hachée et aux épices), et le pain cuit sous le sable. Le thé à la menthe ponctue chaque rencontre, souvent accompagné de dattes de la dernière récolte. À Rissani, le souk du dimanche, mardi et jeudi reste l'un des plus authentiques marchés ruraux du Maroc, avec sa criée aux dromadaires en début de matinée.
Visiter le Sahara depuis Marrakech ou Fès demande un engagement logistique : les distances sont longues, la route sinueuse au passage du Haut Atlas par le col du Tichka (2 260 m), et il faut accepter deux journées de transfert pour atteindre les dunes. Mais c'est précisément cette distance qui fait l'intérêt du lieu : à mesure qu'on s'éloigne de l'Atlas, la densité humaine baisse, les villages s'espacent, et le silence devient une présence physique, particulièrement en bivouac à l'écart des campements groupés.
À découvrir
Bivouac dans l'Erg Chebbi. Nuit sous tente khaïma à 10 km de Merzouga, après une heure de dromadaire au coucher du soleil. Au matin, montée à pied sur la grande dune pour le lever du jour, températures de 5 à 10°C en hiver.
Erg Chigaga par la piste de Mhamid. 60 km de piste en 4x4 depuis Mhamid, traversée du lac asséché d'Iriqui et arrivée au pied de dunes de 80 m. Zone moins fréquentée, deux nuits minimum sur place pour justifier le trajet.
Soirée Gnawa à Khamlia. Village fondé par des descendants d'esclaves subsahariens, à 7 km de Merzouga. Concert au guembri, krakebs et tambours dans une maison de famille, suivi d'un thé.
Souk de Rissani. Marché rural les dimanches, mardis et jeudis dans l'ancienne capitale alaouite. Criée aux dromadaires dès 7h, étals de dattes Mejhoul en octobre-novembre, dégustation de madfouna.
Gorges du Todra en route vers le désert. Canyon calcaire de 300 m de haut sur 10 m de large par endroits, à Tinghir. Étape logique entre Ouarzazate et Merzouga, marche d'une à deux heures dans le lit asséché de l'oued.
Quand y aller
La fenêtre confortable s'étend de mi-octobre à mi-avril. Les journées affichent alors 18 à 25°C, les nuits descendent à 5°C en janvier et peuvent geler en altitude au-dessus de Boumalne Dadès. Décembre et janvier offrent une lumière particulièrement nette mais imposent des sacs de couchage chauds en bivouac. Mars et novembre sont les mois d'équilibre : journées douces, nuits supportables, palmeraies vertes.
Évitez de juin à août : les températures dépassent régulièrement 42°C en journée à Merzouga et Zagora, avec des pointes à 45-47°C, et même les nuits restent au-dessus de 28°C. Avril-mai et septembre sont jouables mais demandent d'organiser les marches très tôt le matin. Les pluies sont rares (moins de 100 mm annuels) mais les orages d'automne peuvent rendre certaines pistes impraticables pendant 24 à 48h, notamment dans la vallée du Drâa.
Conseils pratiques
Comptez 4 jours minimum depuis Marrakech ou Fès pour une boucle vers Merzouga avec une nuit en bivouac : deux jours de route aller-retour, une journée sur place. Pour profiter sans courir, prévoyez 6 à 7 jours, avec étapes à Aït Ben Haddou, dans les gorges du Dadès ou du Todra, et deux nuits autour des dunes. L'Erg Chigaga depuis Marrakech demande la même durée mais par un itinéraire différent, via Ouarzazate, Agdz et Zagora.
Le Sahara se combine naturellement avec les Vallées du Sud (kasbahs, palmeraies du Drâa et du Dadès) en boucle continue, et avec le Haut Atlas par le col du Tichka à l'aller ou au retour. Une combinaison avec les Villes impériales (Fès en entrée, Marrakech en sortie, ou l'inverse) reste l'itinéraire le plus cohérent pour un premier voyage de 10 à 14 jours. Le confort en bivouac va du campement standard (tentes berbères collectives, sanitaires communs) au camp privé avec lits, douche chaude et tapis épais. La région convient aux contemplatifs, aux familles avec enfants de plus de 6 ans, et aux voyageurs prêts à accepter de longues journées de route pour atteindre un paysage rare.








